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Rencontre avec Sahé Cibot, quatrième épisode
 29 Janvier 2013   linksky   Article

Poursuivons notre exploration de l'autre côté du miroir des évènements autour de la J-music en France. Nous abordons aujourd'hui dans notre entretien avec Sahé Cibot l'organisation de ces évènements en tant que tel, son cœur de métier. Comme depuis maintenant quatre jours, les précédentes parties de la discussion sont disponibles via le sommaire ci-dessous :

Sahé Cibot


Poursuivons notre exploration de l'autre côté du miroir des évènements autour de la J-music en France. Nous abordons aujourd'hui dans notre entretien avec Sahé Cibot l'organisation de ces évènements en tant que tel, son cœur de métier. Comme depuis maintenant quatre jours, les précédentes parties de la discussion sont disponibles via le sommaire ci-dessous :

Lundi:Présentation, récapitulatif de son parcours.
Mardi:Point sur Nolife et sa vision des médias.
Mercredi:L'évolution de la J-Music en France, la place de la K-Pop.
Jeudi:Organisation d'évènements en France.
Vendredi:Les idols en France.
Samedi:Les... johnny's en France (mais on continuera sur les idols, promis).
Dimanche:Conclusion autour des concerts de Kyary Pamyu Pamyu.
Mais replongeons-nous désormais dans la discussion...

INN : Passons à des aspects ayant plus trait à l’organisation des évènements en France. Pour commencer, de manière générale, la sollicitation à l’origine de ces derniers vient-elle plutôt du côté japonais ou du côté français ?
S.C. : Je vais un peu me répéter, mais en fait, avant, la sollicitation venait de moi vers le Japon. Du coup, je me mettais en position de demandeur alors que j’étais en plus une petite société. Ce n’était pas très confortable, mais il y avait quand même des gens intéressés par le marché français. Maintenant, comme on bénéficie de l’appui de Japan Expo et que l’on a réussi à mettre en place de gros concerts, je n’irai pas jusqu’à dire que la tendance s’est inversée, mais c’est un peu plus équilibré. Autrement dit, on peut dialoguer avec les sociétés japonaises dans un objectif ayant rapport à ce que les gens aiment bien appeler “win win”, où chacun y trouve son compte. Dans le cas de Japan Expo, c’est nous qui sommes sollicités. Pour le coup, c’est vraiment une demande externe qui vient des Japonais. Dans le cas de Soundlicious c’est un peu différent, cela reste une approche où l’on se tourne un peu autour... De notre côté, on va observer s’il y a un réel intérêt de la part des Japonais pour venir en Europe, c’est vraiment le point de base. Et les Japonais vont étudier si ce que l’on peut leur proposer correspond à ce dont ils ont envie, si l’on dépasse les limites des choses acceptables pour eux en terme d’offre financière...
Parce que l’aspect financier n’est pas facile à gérer : même s’il y a beaucoup de fans, on est obligé de faire une tarification assez élevée par rapport à des concerts de groupes français. Mais même s’il y a des gens qui peuvent avoir l’impression inverse, il faut savoir qu’on ne cherche pas à dépouiller les fans (rires), on est quand même sur des budgets serrés. Si je n’avais que l’activité des concerts, si je n’avais pas Japan Expo donc, je ne pourrais faire tourner la boîte. Si l’on ne faisait que le nombre de concerts qu’on fait actuellement, aux tarifications qu’on pratique, la société n’existerait plus. En résumé, on essaye vraiment d’avoir l’équilibre dont je parlais tout à l’heure. Puis l’on essaye aussi de faire comprendre aux Japonais que si l’on pratique un tarif assez élevé, il faut aussi qu’ils fassent des concerts d’un peu plus de quarante-cinq minutes ! Si possible une heure trente, deux heures, voire plus s’ils s’en sentent l’énergie. Il y a tout un travail d’explication à faire au Japon, qui est plus au moins flexible par rapport à ça. Mais on cherche vraiment à trouver cet équilibre et même si ce n’est pas toujours évident, comme on recherche à l’origine les gens qui sont ouverts à ce genre de discussion, on arrive à aller de l’avant...

Par rapport à cela, quelle part de liberté avez-vous dans l’organisation d’un évènement ? Par exemple, est-ce que vous allez pouvoir donner des pistes concernant la playlist d’un concert par rapport aux attentes du public français, influer sur la tenue d’une dédicace ou autre ? Autrement dit, avez-vous ce niveau d’échange ou les Japonais vont-ils à l’opposé plus être dans la simple bonne tenue de l’évènement qu’ils auraient prévu de leur côté ?

Kyary Pamyu Pamyu
Handshake Japan Expo 13

À partir du moment où l’on essaye de travailler un maximum avec des personnes qui s’intéressent au marché soit français, soit européen, ils seront tout de même généralement en demande de conseil. Donc autant que faire se peut, nous leur donnerons ces conseils. Après s’ils ne veulent pas en tenir compte, tant pis pour eux et un peu tant pis pour nous... Parce que la démarche est quand même de faire en sorte que événement se passe bien, que les fans soient contents et qu’il y ait une ambiance de fou, etc. Au niveau de la setlist, s’il y a besoin on peut donner nos recommandations. Pour les activités autour du concert, nous essayons en fait de proposer le maximum de choses dans la mesure du possible, du planning... Mais l’on va toujours essayer d’organiser des activités autour du concert, à savoir : séance de dédicaces par exemple. Si une séance de dédicaces n’est pas possible, on va essayer de voir ce qui est envisageable à la place. Est-ce que c’est un meet&greet ? Est-ce que du coup il faut qu’on fasse une sélection beaucoup plus pointue pour qu’une dizaine de personnes rencontre l’artiste ? Je dis un peu n’importe quoi mais pour résumer, on essaye d’apporter un plus, d’évènementialiser le concert, que ce ne soit pas juste ce concert et allez, au revoir !
Il faut voir que lorsque les artistes japonais viennent en Europe, c’est souvent pour peu de temps en tout cas en ce qui nous concerne, l’avion coûte cher, nos tarifs d’entrée ne sont pas donnés... Il faut encore une fois que tout le monde y trouve son compte, que les fans soient contents, que l’on trouve un juste équilibre entre l’état de fatigue des artistes et le côté “rencontre avec les fans”. On a conscience que comme ils ne viennent pas souvent, pas longtemps et de manière vraiment très évènementielle, il faut utiliser ce temps pour que cela soit... condensé, mais fort ! Et en tirer une qualité d’échange en tout cas avec les fans, sachant que si l’on pouvait faire en sorte qu’il y ait une séance de dédicace assez rapide pour que tous les gens qui sont présents au concert en aient une en sortant, on le ferait. Sauf que humainement, ce n’est pas possible.
Donc il y a toujours une sélection faite d’une manière ou d’une autre, c’est un peu à moindre échelle comme à Japan Expo où tous les visiteurs ne peuvent pas obtenir une dédicace d’un invité d’honneur. On est donc obligé de réfléchir à des systèmes, une forme de sélection pour réussir tout de même à faire quelque chose. Je m’étais un peu fâchée une fois, sur Facebook, je crois, parce que les gens se plaignaient des systèmes de dédicace. J’avais répondu : “soit on fait quelque chose, soit on ne fait rien. Et si personne n’est content, on ne fait rien. Mais nous, on essaye”. Donc après les gens avaient dit : “Mais si, c’est bien...” (rires). Voilà, je sais qu’on ne peut pas satisfaire tout le monde. Mais on essaye quand même de faire des choses et si jamais le nombre de mécontents est plus important que le nombre de contents, ou en tout cas le nombre des contents plus ceux qui s’en moquent... On ne va pas non plus jeter de l’huile sur le feu, faire des choses qui fâchent les gens et qui fatiguent les artistes. Nous essayons d’évènementialiser nos concerts et, encore une fois, de trouver un équilibre entre la satisfaction de tous les acteurs.

À la suite des évènements, quel niveau de feedback le management vous demande en règle général ? Y a-t-il par exemple un échange post évènement sur les retours de la presse ou des fans ?
Cela dépend... En ce qui concerne les retours du public, généralement ils savent parce qu’ils étaient sur place. Ensuite, pour Up-front typiquement, comme ils ont des francophones et anglophones dans l’équipe, ils ont plus de facilités à avoir le feedback presse. Après c’est vraiment du cas par cas. Cela dépend justement comment la partie relation presse est traitée, des contraintes qu’on a (de validation des photos par exemple). Nous essayons d’ailleurs de leur dire à ce propos de ne pas poser de contraintes. “S’il ya des gens qui prennent des photos, ça vous fera de la pub.” Mais ils ont vraiment une mentalité très différente, surtout les idols et les groupes de Visual key. Comme ils sont très tournés sur le contrôle de l’image, c’est extrêmement important pour eux et parfois, on aboutit à des choses un peu incohérentes. Je ne citerai pas qui mais un jour, on m’a dit : “pas de photographes dans la zone presse” (un espace au pied de la scène justement destiné aux photographes, ndlr). Je leur demande pourquoi : “car on ne veut pas qu’il y ait de photos qui soient prises sous la jupe !” J’ai ri et leur ai demandé pourquoi leur mettre alors des jupes si courtes ? Là, les Japonais m’ont dit : “oui enfin bon, oui pourquoi... mais bah... parce que.” (rires). C’était amusant mais bon, soyez cohérents entre ce que vous dites et faites !

Et sur le long terme, avez-vous des échanges avec les artistes qui sont venus, est-ce qu’ils vont vous recontacter de temps en temps pour prendre le pouls d’un éventuel retour par exemple ?

UPLIFT SPICE

Pour être honnête, pour le moment Japan Expo m’a pris énormément de temps. Je n’ai pas pu faire réellement de suivi sur le long terme avec des artistes avec qui on avait déjà travaillé donc. C’est un choix de priorité finalement. Maintenant, un groupe comme Uplift Spice par exemple, j’ai envie de le faire revenir et je sais qu’ils ont envie de revenir aussi ; mais qu’ils veulent passer à un cran au-dessus. C’est-à-dire par exemple, participer à un festival de rock en France. J’ai ça dans un coin de ma tête, je vais le faire. Enfin je vais essayer de le faire en tout cas, mais je ne sais pas quand. Si l’on regarde d’autres artistes avec qui l’on a travaillé... Vamps par exemple. C’est un cas un peu particulier avec l’Arc~en~Ciel, Vamps, les activités croisées, mais on reste en contact avec le management. Natsuka ASÔ, pareil, on reste en contact avec le management. On se dit que l’on aimerait faire quelque chose avec elle mais là aussi, c’est dans la timeline de nos potentialités...
C’est comme s’il y avait des choses qui flottaient comme ça, on ne les a pas fait descendre dans un planning, mais oui, j’ai envie de retravailler avec des artistes que j’ai fait venir. Je l’avais fait à l’époque de Soundlicious le label, on avait travaillé plusieurs années d’affilées avec MUCC avant qu’ils ne décident de collaborer avec Gan-Shin, deux ou trois ans. On a également beaucoup travaillé avec GARI. Malheureusement ils n’ont pas la notoriété de MUCC au Japon, mais on les a fait venir en France trois fois ! Donc c’est quelque chose que j’ai déjà fait, c’est quelque chose que j’ai envie de refaire ! Mais peut-être de manière un peu moins risquée que GARI par exemple, je préfère avoir une stratégie un peu cohérente où on évolue, on passe d’une étape à une autre. On ne va pas prendre le concert la tournée Uplift Spice qu’on avait faite en 2011 pour le refaire, par exemple en 2013. Ce n’est pas intéressant, ni pour eux ni pour nous. Si on les fait revenir, il faut qu’il y ait un plus, une évolution qui d’une part les motive à venir et d’une autre, nous motive personnellement aussi.

D’après toi, qu’est-ce qui fait la différence entre l’organisation d’évènements avec des artistes japonais et des artistes français ou anglo-saxon ?
Je pense déjà qu’il faut connaître la culture japonaise, parler japonais. Je m’en rends compte souvent. Par exemple, nous faisons nos contrats en anglais. Et quand le contrat est en anglais, cela prend beaucoup plus de temps, même quand on essaye de l’expliquer en japonais. Il faut au moins que les choses puissent être expliquées en japonais. J’envoyais parfois des listes de matériels audio/vidéo en anglais, c’est donc plein de chiffres et de lettres. Personnellement, “1MD quelque chose”, je ne sais absolument pas ce que c’est, alors quand on me demande de le traduire... Voilà, on est quand même avec des gens qui n’ont pas encore tous l’habitude de sortir à l’étranger. Ils le font de plus en plus en Asie mais ce n’est pas encore la majorité. Je pense qu’il y a également une certaine peur de ne pas comprendre, comme ce sont des personnes qui sont vraiment dans le souci du détail et de tout bien faire. Ils ont donc peur que si un contenu est en anglais, ils n’en comprennent pas quelque chose et que du coup, ils ne fassent pas bien...
Par conséquent, il faut qu’il y ait au moins quelqu’un dans la structure qui parle japonais, qui puisse les rassurer (parce que ce sont des grands inquiets), leur expliquer ou leur traduire des choses. Pour au final voir si ce qui est proposé leur va ou non. Dans ce second cas on négocie mais les négociations en tant que telles, il vaut mieux qu’elles se fassent en japonais parce que l’approche “à la française” peut être perçue de manière agressive pour eux... Au final, je dirais que la différence entre une structure spécialisée dans les artistes japonais et une structure internationale, ou purement européenne/française, dans le cadre d’artistes qui ont moyennement l’habitude de sortir du Japon, c’est la connaissance de la culture et la maîtrise du langage. Mais un grand groupe international qui n’aurait pas de japonisants dans son équipe aurait d’autres arguments. Au final, je ne sais pas comment les Japonais font leur choix mais je pense que la connaissance de la culture, de la manière de communiquer ainsi que du langage est un vrai plus.

C’est ainsi que s’achève ce temps de la discussion. Nous allons maintenant aborder des problématiques ayant plus trait à notre propre cœur de métier, les idols. Mais il faudra attendre demain pour cela...

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