29 Janvier 2013 linksky Article
Troisième jour de discussion avec Sahé Cibot, présidente de Soundlicious et importante actrice dans la venue en France de nombreuses idols. Nous nous intéressons aujourd'hui à l'évolution de la J-music en France. N'oubliez pas que les précédentes parties restent disponibles via les liens du sommaire présenté ci-dessous :
Troisième jour de discussion avec Sahé Cibot, présidente de Soundlicious et importante actrice dans la venue en France de nombreuses idols. Nous nous intéressons aujourd'hui à l'évolution de la J-music en France. N'oubliez pas que les précédentes parties restent disponibles via les liens du sommaire présenté ci-dessous :
| Lundi | : | Présentation, récapitulatif de son parcours. |
| Mardi | : | Point sur Nolife et sa vision des médias. |
| Mercredi | : | L'évolution de la J-Music en France, la place de la K-Pop. |
| Jeudi | : | Organisation d'évènements en France. |
| Vendredi | : | Les idols en France. |
| Samedi | : | Les... johnny's en France (mais on continuera sur les idols, promis). |
| Dimanche | : | Conclusion autour des concerts de Kyary Pamyu Pamyu. |
INN : Au travers de la place que tu occupes maintenant dans l'univers de la J-music en France, quel regard lui portes-tu actuellement ? On parle beaucoup de l’arrivée de la K-Pop...
S.C. : En fait, pour moi, la K-Pop doit être vue comme une opportunité pour la J-music. Ça me désole de voir certains Japonais prendre cela de manière négative, ils devraient plutôt l’aborder comme une opportunité, une brèche qui s’est ouverte et surfer sur la vague. Il ne faut pas penser K-Pop versus J-Pop ! Enfin, on n’en est pas là... puis si l’on fait une telle chose, la K-Pop l’emporte, on ne va pas se leurrer. Il faut bien voir qu’il y a plein de gens en France ou en Europe qui se disent que les Asiatiques sont tous pareils, qu’importe ce qu’on leur oppose quand on connait bien l’Asie. J’avais pris conscience de ça en discutant avec une fille de dix-sept ans, qui m’avais dit : “j’adore les restos japonais, j’adore les nems et le riz cantonais” (rires). J’avais trouvé cela peut-être pas forcément représentatif en soi du grand public, mais c’est tout de même comme ça pour beaucoup de gens ! Du coup, si déjà au niveau des restaurants c’est un peu le grand mixte alors au niveau de la musique, n’en parlons pas... Ensuite, on va plus toucher les gens en fonction des genres musicaux. Si Gangnam Style cartonne, peut-être que ceux qui aiment le rock ne vont par contre pas accrocher. On est aussi dans un pays, en tout cas en France, où les gens ont une certaine “conscience” des nuances musicales je dirais. Même s’il y a une segmentation qui s’est faite avec le marketing, les boutiques ; souvent les artistes japonais me disent que lorsqu’ils aiment la musique, les gens réagissent ! Ils montrent qu’ils aiment et apparemment, ce n’est pas forcément le cas au Japon. C’est une force que l’on a.
Pour en revenir à la K-Pop, se serait se saboter que d’inventer une guerre avec la J-Pop parce que ce n’est pas les mêmes moyens, les mêmes objectifs, les mêmes personnes qui sont derrières, même l’histoire des groupes n’est pas la même. Et le marché n’est également pas du tout le même. En résumé, c’est tellement différent qu’on ne peut pas dire “ça”, c’est mieux que “ça”. C’est juste différent, complémentaire. Si je parle simplement de la J-Pop, c’est le moment de surfer sur la vague et de dire que l’on fait aussi des choses bien, de se montrer davantage, de prendre confiance en la qualité de ce que l’on fait, d’assumer cette couleur musicale ! J’espère qu’il y aura une sorte de prise de conscience qui va avoir lieu, dans le bon sens du terme et que s’il doit y avoir compétition, que cela soit une compétition constructive et pas du simple dénigrement. Cela ne servirait à rien. Pour moi, il faut vraiment construire ensemble. Ou se mettre en compétition si l’on veut, mais que ce soit en cherchant à se dépasser mutuellement et en construisant quelque chose au final.
Personnellement, quand j’ai cherché le nom de la société, Soundlicious, j’ai d’abord étudié un nom japonisant. Mais je me suis rendu compte que je ne voulais pas d’un tel nom parce que je ne veux pas m’enfermer dans la musique japonaise. Avant d’en écouter, j’étais comme tout le monde, j’écoutais des artistes français ou anglo-saxons. D’ailleurs, je connais peut-être moins la musique japonaise, des génériques par exemple, que certaines personnes ! Mais voilà, je ne voulais pas m’enfermer dans un genre. Si un jour j’avais une opportunité avec des artistes qui me plaisaient et que j’avais envie de faire un projet, quelle que soit leur origine, je ne voulais pas ne pas pouvoir le faire simplement parce que ce ne serait pas cohérent avec le nom de ma boite. Donc j’ai pensé à Soundlicious et du coup, si demain on me présente un artiste coréen qui veut venir en europe, je serai ouverte à discussion. J’avais ainsi échangé avec quelqu’un qui voulait faire venir des artistes du Mali. Ça me semblait un peu trop lointain et il manquait des éléments pour que j’y voie clair sur la faisabilité de la chose mais en résumé, Soundlicious ne ferme pas de porte.
Du coup, as-tu eu l’impression que les managements autour de la J-music avaient saisi cette opportunité ? De manière générale, sans forcement de rapport à la K-Pop, est-ce que les mentalités évoluent vers plus d’ouverture envers l’étranger ?
Un petit peu, ça commence à se voir, mais cela dépend surtout des personnes. Il n’y a pas une dynamique du pays contrairement à la Corée. Je ne ressens pas non plus une dynamique de société, quoiqu’un peu, mais j’ai l’impression que cela repose vraiment sur qui s’occupe de quel artiste. Je commence à constater quand même qu’il y a un intérêt renforcé pour l’Europe, pour l’étranger. L’exemple le plus intéressant est pour moi le groupe Crossfaith. Ce n’est pas du tout des idols pour le coup, mais on les a eus à Japan Expo Belgium et j’avais discuté avec leur tourneur. Ils ont un tourneur américain qui a un bureau en Angleterre et au Japon, ils sont chez Sony Music Artist en management. Ils font du metal hardcore qui est un genre qui ne cartonne pas là-bas d’une manière générale. Du coup je lui avais demandé un peu ce qu’il prévoyait, comment il travaillait avec eux... En fait, il me disait qu’ils étaient vraiment centrés sur le développement à l’étranger. Ce sont ainsi des gens qui acceptent de faire des tournées de trois mois, de faire plusieurs concerts par semaine, qui sont dans une dynamique d’y aller à fond. C’est quelque chose que je trouve intéressant parce que l’on a souvent contacté des artistes japonais en leur proposant des choses, mais qui déclinaient au final, car ils voulaient se concentrer sur le marché japonais. Tant pis, encore une fois on ne va pas forcer les gens à faire ce qui ne leur plaît pas mais aujourd’hui, il faut, je pense, que le Japon sorte de sa coquille et qu’il s’ouvre vers l’étranger. Des groupes comme Crossfaith, qui sont dans cette dynamique-là, c’est bien. Il y a MAN WITH A MISSION aussi dans cette dynamique, Up-front qui bouge beaucoup et va à l’étranger, il y a de plus en plus d’initiatives et de recherches d’informations en tout cas. Parfois c’est fait maladroitement, parfois ils veulent faire tout comme au Japon. Mais bon, c’est inhérent aux différences culturelles de toute façon, ce n’est pas propre à la musique.
Et voici qui conclut la partie du jour. Nous aborderons demain l'organisation d'évènements en France...



