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Rencontre avec Sahé Cibot, deuxième épisode
 29 Janvier 2013   linksky   Article

On poursuit notre entretien fleuve avec Sahé Cibot. Après s'être intéressés à son parcourt, passons aux véritables questions. Aujourd'hui, nous débuterons avec son point de vue sur la chaîne Nolife ainsi que sur les médias de manière plus générale.

Sahé Cibot


On poursuit notre entretien fleuve avec Sahé Cibot. Après s'être intéressés à son parcourt, passons aux véritables questions. Aujourd'hui, nous débuterons avec son point de vue sur la chaîne Nolife ainsi que sur les médias de manière plus générale.
Pour rappel, cette rencontre particulièrement longue fait l'objet d'une publication à épisodes. Nous espérons ainsi vous permettre de suivre l'ensemble de la discussion sans pour autant bloquer une matinée pour cela... En voici le sommaire complet :

Lundi:Présentation, récapitulatif de son parcours.
Mardi:Point sur Nolife et sa vision des médias.
Mercredi:L'évolution de la J-Music en France, la place de la K-Pop.
Jeudi:Organisation d'évènements en France.
Vendredi:Les idols en France.
Samedi:Les... johnny's en France (mais on continuera sur les idols, promis).
Dimanche:Conclusion autour des concerts de Kyary Pamyu Pamyu.
La première partie a été publiée hier et est disponible via le lien du sommaire ci-dessus. Mais reprenons maintenant notre entretien là où nous nous en étions arrêtés.

INN : Dans le livre que Florent Gorges a publié sur l’histoire de Nolife, il évoquait une rubrique de Oto que tu aurais pu présenter... Quel regard portes-tu aujourd’hui sur la chaîne et de manière générale sur les médias qui traitent de la J-music ?

Cover du projet THAT'S NIP-HOP (© Soundlicious)

S.C. : Nolife est un cas un peu particulier, car Alex et Seb (Alex Pilot et Sébastien Ruchet, cofondateurs de la chaîne, ndlr) sont des amis à la base. On avait travaillé ensemble sur mon projet THAT'S NIP-HOP, où je leur avais demandé de s’occuper de toute la production du DVD. Au-delà de l’aspect professionnel, où vraiment je les respecte pour ce qu’ils ont monté comme projet, les efforts qu’ils font pour faire connaître leur passion et pour développer un truc qui est culotté parce que particulièrement centré sur ce qu’ils aiment et veulent faire connaître, c’est vraiment des amis, des gens que j’apprécie humainement. Quand ils ont décidé de monter Nolife, on en a parlé, enfin je ne sais plus comment ça s’est fait... À l’époque Fabrice (Buon, ndlr), qui est chez Up-front maintenant, travaillait avec moi. On s’était rencontré tous ensemble pour voir ce que l’on pouvait faire autour de la musique — c’était à l’époque où Soundlicious était un label — et à notre niveau, il y avait deux choses : demander à nos contacts des clips pour alimenter la chaîne puis on avait pensé à l’émission Oto (rubrique de la quotidienne 101%, dédiée à la J-music, ndlr).
En fait, Oto à la base, c’était Caroline (Segarra, présentatrice actuelle de la rubrique sur Nolife, ndlr), moi et Fabrice avec chacun une rubrique différente : Caro les actus, Fabrice une rubrique présentant des liens entre la J-music et des jeux vidéo, des dessins animés ; un peu comme un crossmedia. Et moi c’était des choses plus pointues sur un genre musical, un artiste, un coup de coeur... On avait même enregistré un pilote d’émission où j’avais parlé d’un rappeur beatboxer qui s’appelle Afra, qui n’a jamais été monté, je crois. Finalement, cela ne s’est pas fait, Nolife a dû choisir ses priorités, Fabrice et moi étions débordés, ils ont décidé de se concentrer sur la partie actus. Mais il faut savoir que le nom Oto était une idée que j’avais eue par des amis, qui avaient déjà réfléchi à un tel concept. N’ayant pas utilisé cette bonne inspiration, on l’a finalement reprise. Pour le logo du générique avec le kanji 音 (oto, le “son” en japonais, ndlr), les baffles et les enceintes, c’était Fabrice qui y avait pensé... Donc on a eu nos petites contributions comme ça et à défaut de participer à l’émission, on a quand même continué à les alimenter en terme de clips.
Aujourd’hui, je leur passe donc des clips des artistes qui se produisent à Japan Expo et autres petits festivals, ou des artistes que je fais tourner en France ou en Europe, mais je leur fais aussi un peu de publicité au Japon. Quand je vois des gens qui me posent des questions sur le marché français : comment aller en France, comment se faire connaître... je leur dis de commencer par passer des clips à Nolife et de voir s’il se passe quelque chose. “Il ne se passera peut-être rien, il faudra peut-être du temps pour qu’à un moment, il y ait un déclic. Mais commencez par contacter Nolife, voyez ce que vous pouvez faire avec puis, après, si vous voulez vous lancer dans une tournée, on en parle.” Je fais en quelque sorte de la promo de Nolife parce que pour moi, c’est un média clé pour la J-music. C’est quand même la première fois qu’il y a des gens qui sont assez passionnés et encore une fois, assez culottés pour se dire : “nous on s’en fout, on passe des clips de musique et s’il n’y a pas d’audience pendant ces moments-là... tant pis. Il y en aura à un autre moment et puis au global, ça s’équilibrera peut-être. Mais nous, on veut faire connaître la J-music.” Voilà, je trouve ça très important pour le milieu de la J-music et pour son développement en France.
Après, tout ce que j’espère, c’est que les Japonais se rendent compte de l’importance de ce média. En 2010, j’étais allée au Tokyo International Music Market où j’avais suggéré des thématiques. On m’avait dit alors : “vous n’avez qu’à le faire, vous !” Et je m’étais ainsi retrouvée à organiser une conférence, à choisir des intervenants... Je m’étais beaucoup amusée à faire ça. Puis c’était l’occasion où jamais de présenter Nolife1, de montrer à quel point les japonais doivent s’appuyer dessus. J’avais également présenté la Fnac, j’étais restée personnellement avec ma casquette Soundlicious et il y avait Thomas Sirdey qui était venu parler de Japan Expo. Le fil conducteur de ces interventions était de dire qu’il y a en France des gens qui sont prêts à les aider, à faire connaître leurs artistes ou leur musique : “On est là, parlez-nous !” Au final, quand Nolife a évoqué un possible arrêt, moi, intérieurement, j’étais un peu en panique. Si Nolife n’existe plus, il y a toujours internet, mais ce n’est pas pareil, ce n’est pas la même approche, ce n’est pas la même passion, c’est plus diffus en fait...
Sinon, en ce qui concerne les autres médias, notamment les spécialisés sur internet, j’ai toujours été pour le développement même des blogs sur les artistes japonais, parce que cela fait de la visibilité et fait toujours connaître les groupes. Après, si l’on parle du téléchargement illégal, c’est un large débat... Il y en a qui en souffre, d’autres moins. Moi je vois aussi cela comme un vecteur de promotion et je pense que, pour l’avoir constaté sur Japan Expo ou même pendant nos concerts, même s’ils ont téléchargé les mp3, si vraiment ils aiment et qu’ils veulent soutenir l’artiste, les gens achètent. Je trouve qu’on a la chance d’avoir des fans qui ont un lien tellement fort avec les artistes qu’ils sont vraiment dans le soutien, dans l’envie de les faire connaître. Les concerts sont toujours très fort en fait parce qu’il y a une sorte de bulle qui se crée, un lien fort entre les artistes et les fans. Je crois que c’était la chanteuse d’Uplift Spice qui m’avait dit qu’elle avait vraiment l’impression de faire corps avec les fans et ça, vraiment, on le ressent, à chaque concert... Vu de l’extérieur, ça donne vraiment la chair de poule et je trouve cela vraiment grisant. Je suis reconnaissante envers les fans, le public français en général, de pouvoir créer ce genre de moment. Les médias y contribuent et c’est important qu’ils restent.
[1] : Le passage au TIMM de Sébastien Ruchet est disponible pour les abonnés sur Nolife Online.

Allez, le temps de consulter cette vidéo, votre café devrait être vide. On vous laisse retourner à vos activités, on reprendra demain avec deux questions “de fond” sur l'évolution de la J-music en France.

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